Digestion difficile

Qu’il est lent le processus qui conduit à comprendre, à assimiler, à digérer les événements tels qu’ils m’arrivent, encaisser la claque dans la gueule reçue alors que le week-end s’annonçait pourtant festif et si anodin, si… ordinaire.
Lent et pourtant nécessaire : je sens que j’ai mal, je sens que mon corps meurtri réagit avec violence à ce que mon esprit n’arrive pas encore à exprimer. La crève que je me coltine depuis trois jours, celle-la même qui me cloue au lit pendant que d’autres sont cloués au sol, c’est exactement la même qu’en janvier… Coïncidence ?
La boule est là, au fond de la gorge, mais pour arriver à la faire partir, à oser quelques mots, j’ai besoin de me nourrir inlassablement, jusqu’à trouver mes propres phrases, exprimer mes propres émotions. Je me saoule des mots des autres, je m’abreuve des commentaires et des récits d’ici et là, des témoignages déchirants de survivants pour arriver à capter l’horreur, saisir la réalité de cet in-croyable, celui que je voudrais refuser de croire, je me goinfre de débats, de discussions plus ou moins stériles, d’avis divergents, d’instants de partage et d’inéluctables dissensions.

En janvier, c’était déjà le même problème :

Encore abasourdie par la nouvelle, j’ai du mal à mettre des mots sur ce que je ressens à propos de la tragédie ignoble d’hier. Refusant cependant de laisser dire « ne rien dire c’est laisser faire », j’ai envie d’exprimer mes sentiments, qui se bousculent et embrouillent mon esprit. Mais ça ne sort pas. Alors je lis, j’écoute, je regarde, je reste attentive et essaie de reconstruire un peu cette parole qu’on a tenté d’assassiner.
Et pendant ce temps là, la vie continue…

La vie continue et les questions fusent, celle d’un innocent aux billes toutes rondes qui me demande ce qu’est la violence, qui ne comprend pas pourquoi je change de chaine quand il rentre dans la pièce, qui me demande si Paris est un pays loin de la maison, si une minute de silence, ça suffit pour penser à tous ces gens…

Doucement mon ange, je réfléchis, je digère… La boule descend aux tripes, elle est passée près du cœur, elle l’a fait battre un peu plus, de peur, de rage, d’impuissance surtout. Là, elle est tombée lourdement dans l’estomac, jusqu’à l’écœurement. Je continue de me gaver d’informations, pour faire passer la pilule, pour mettre de côté le mauvais et ne garder que le bon, pour trier ce qui me donnera l’énergie nécessaire pour combattre, réagir, faire face, pour avancer, tout simplement.

La digestion est lente, mais le temps est mon ami, l’amour aussi. En écrivant ce billet je retombe sur un brouillon laissé de côté depuis des mois, titré « Avant qu’il ne soit trop tard », avec cette unique phrase : « Pourquoi faut-il toujours attendre qu’il soit trop tard pour dire aux gens qu’on aime à quel point ils ont compté dans notre vie ? »

Une question qui prend un autre sens depuis ce satané vendredi 13. Comme tant d’autres qui résonnent différemment… Le temps qu’on digère.

(c) « Quelqu’un pour qui trembler » – Gilles Legardinier

#prayforparis

8 mars – C’est pas mon jour !

Dimanche 8 mars, aujourd’hui, c’est ma journée… Pas celle de la marmotte, ça c’était le 2 février, je vous en ai déjà un peu parlé ici. Non, c’est la Journée des Femmes, de ses droits, et ce, partout dans le monde. Bel hommage, aurait-on envie de dire, et bien j’avoue que pour ma part, même en tant que représentante de cette cause défendue, j’ai du mal à me sentir concernée « plus que d’habitude ». D’abord parce que, inévitablement, j’ai pu entendre ici ou là, comme chaque année, autour de moi, des commentaires aussi basiques que puérils, à l’instar du fameux « une journée pour elles, toutes les autres pour les hommes ! », qui rappellent les commentaires bas de plafond lors de la création de cette fameuse journée : « Une journée de la femme ? Et pourquoi pas la journée du chien ? »

Ensuite parce que ça ressemble à une bonne occasion de se donner bonne conscience, 24h par an, et puis oublier toutes les belles paroles qu’on aura pu dire… jusqu’à l’année prochaine. Alors que bon, nous ne sommes pas dupes, ni les femmes, ni les hommes, ce combat pour l’égalité, le respect de notre corps et de nos vies, la reconnaissance, l’acceptation de nos différences de genre sans aucune discrimination, c’est une lutte quotidienne. Une journée ne suffira jamais pour en venir à bout, la preuve, depuis le temps que ça dure !

« La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. »
Françoise Giroud
Extrait du journal Le Monde – 11 Mars 1983

Bon, j’avoue que personnellement, je n’ai jamais vraiment eu à souffrir de mon statut de femme, je me suis rarement sentie oppressée ou dévalorisée, encore moins agressée, atteinte dans mon intégrité physique ou morale par le simple fait d’être une fille ou une femme. J’ai toujours pu vivre et grandir comme je l’entendais, sans ressentir d’obstacles dressés devant moi à cause de mon genre, rien qui n’ait au fond empêché ma volonté d’être un Homme parmi tant d’autres.

Ce n’est pourtant malheureusement pas le cas de toutes, ici, mais surtout ailleurs. Certaines souffrent, et même meurent, d’être femmes.

Dénoncer, rappeler cet état de fait intolérable, combattre ces idées et ces violences faites aux femmes, faire en sorte que cela n’existe plus, autant de messages qu’il est essentiel de véhiculer chaque jour, à chaque occasion qui s’offre. Pas uniquement aujourd’hui. Mais il est vrai que quoiqu’on en dise, l’écho est plus fort, la voix plus unanime, quand on canalise sur une unique journée ou sur un temps court, ce discours parsemé et dilué dans le flot de « l’actualité », le reste du temps. Il en est de même de tous les combats, de toutes les causes : Téléthon, sidaction, même combat !

Alors gardons-la, cette journée de la femme… Gardons-la aussi longtemps qu’il soit nécessaire de focaliser l’attention, aussi longtemps qu’il sera nécessaire qu’elle existe, pour qu’on en parle… et qu’on soit entendues.

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Animal Totem

Le Nouvel An chinois à peine passé, nous voilà entrés dans l’année du mouton de bois. Bon, ok on choisit pas toujours sa croix. Il n’empêche que les bébés de l’année sont censés être « créatifs, artistiques, appréciés, généreux, accommodants, sensibles, soucieux »… Beau programme ! Pour ma part, j’ai la chance d’être née sous une bonne étoile (ironie mon amour) : astrologiquement liée à vie à une terrible maladie, chinoisement assimilée à un volatile qui nous sert d’emblème national, je lis ici et là que je suis quelqu’un de conservateur, d’observateur, de maître de moi, de sensible, de loyal, de protecteur ou encore d’attentif… Si je me retrouve parfois dans cette description, j’ai du mal à adhérer à ce déterminisme astral, tant je ne me sens pas comparable à certaines connaissances qui sont pourtant du même signe que moi.

astrologie

Forcément, il manque « rebelle » à cet idyllique tableau de ma personnalité supposée. Aussi ai-je pris ma destinée en main et me suis attribué mon animal totem (on n’est jamais mieux servi que par soi-même !). Mais pourquoi la marmotte ?

Aussi étonnant que cela puisse paraître, cet adorable boule de poil des montagnes ne s’est pas imposée à moi, mais on me l’a plutôt de prime abord imposée. A cause notamment d’une fâcheuse tendance à l’endormissement spontané en toute occasion, souvent, il faut bien l’avouer, en fin de soirée… Non pas que je sois narcoleptique (même si je me suis quand même posé des questions parfois…), cette capacité à tomber dans les bras de Morphée en moins de temps qu’il ne faut pour le dire a, si si, je vous jure, une très rationnelle explication. Cette réputation m’a en effet suivie (et même précédée) à une période où je voyageais beaucoup (on m’appelait aussi Franklin, car je transportais continuellement ma maison sur mon dos), et la fatigue, éternel compagnon de route, était sagement rangée dans ma valise mais choisissait toujours un moment inopportun pour m’abattre sauvagement au moment où je m’y attendais le moins. Bref, rapidement, mon cercle d’amis a gentiment fait circuler ce doux sobriquet de « marmotte », que je n’ai jamais chercher à démentir, pour plusieurs raisons.

Marmotte

D’abord parce que, amoureuse des mots et de la langue, je trouve que ce substantif a un charme tout en rondeur. Le « marm- » et son double « m » plein de douceur et rappelant le cocon de « maman », le « -otte » espiègle et rimant avec « rigolote », « pote », « papote »… On s’amuse comme on peut, non ?

En fait, tout simplement, j’aime cette petite boule de poil qui a fait sien le principe du « pour vivre heureux, vivons caché ». Terriblement timide et franchement placide, la marmotte sait se faire désirer. On la traque, on l’observe de loin, car trop s’en approcher, c’est risquer de la faire fuir. Moi qui suis pourtant très sociable, j’aime cette idée de garder son jardin secret, de ne révéler de moi que ce que je voudrais bien montrer, de préférer observer les autres dans l’ombre, de peur qu’eux me dévoilent au grand jour.

Mais surtout, pour moi la marmotte, c’est LA référence à un de mes films cultes, qui, si vous ne le connaissez pas déjà, mérite amplement un visionnage en règle (voire deux, trois, dix, mille… je dois en être à peu près à ce compte-là pour ma part !) : Un Jour sans Fin. Une comédie potache avec Bill Murray et Andy Mc Dowell (pour ne citer qu’eux), l’histoire d’un journaliste météo coincé dans une journée bien particulière, le Jour de la Marmotte à Punxsutawney en Pennsylvanie. Au-delà du côté hautement comique du film et du rôle indéniablement magistral de la marmotte Phil dans cette histoire, ce chef d’œuvre du cinéma américain pose bien des questions existentielles, sur l’amour, la vie, le temps qui passe et l’éternité. Oulààà, vous pensez que je déraille ? Peut-être, en tout cas, tout est là ! Est-ce que Phil filera droit ?

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Prête-moi ta plume…

Bon voilà, maintenant, vous en savez un peu plus sur moi (et comme je vous envie !), il va donc falloir se mettre à écrire pour alimenter ce blog (c’est qu’il est vorace !), et si possible, régulièrement. Et là, forcément, c’est le drame… L’angoisse de la page blanche, les mots qui se bousculent au portillon mais qui s’enchevêtrent et qui ne trouvent finalement pas le chemin de la sortie, mais surtout, la peur de décevoir. Non parce que franchement, on se connaît à peine, vous croyez vraiment que j’ai des choses intéressantes à dire ? En tout cas moi, ça me fait un peu flipper, j’ai l’impression de me mettre à nu, et quand je vois ma tête (et surtout mon corps) devant la glace tous les matins, je me dis que c’est ma foi pas plus mal de garder ses vêtements devant des inconnus. Circulez, y’a rien à lire !

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Sur quoi parler ? Mon avis, je me le garde en général pour moi. J’ai déjà du mal à m’en faire un, alors si c’est pour le crier à tout va… Pourtant j’écris souvent, c’est même mon métier ! Mais justement, comme un réalisateur qui préfère rester sagement derrière sa caméra, comme un photographe qui se cache derrière son appareil pour éviter la lumière des projecteurs, j’ai tendance à utiliser ma plume comme un rempart pour défendre ma forteresse intime (mais sûrement imaginaire), et comme une arme pour faire parler les autres. Enfin rassurez-vous, je ne menace personne (presque jamais…) ! Quoiqu’il en soit, je prends beaucoup plus de plaisir à partager les histoires et les parcours de vie de chacun, c’est une chose qui me fascine, que de m’exposer au regard et surtout au jugement des autres.

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Ok, je vous vois, là, du premier au dernier rang, déjà en train de râler et de lancer quelques remarques : « mais alors pourquoi faire un blog ? » J’avoue que depuis le temps que je pratique le web, c’est une question que je me suis souvent posée, maintes fois émerveillée par l’étonnante créativité et sincérité des blogueurs de tous horizons, qui n’hésitent pas à s’épancher sur la toile, parfois même en toute impudeur. Alors pourquoi pas moi ? Après tout, hein, même si ça ne passionne personne, ce que j’ai à dire, ça pourra peut-être au moins me soulager, et si ça peut intéresser ne serait-ce qu’un seul d’entre vous, alors je dis banco !

Ce qui me pousse à prendre le clavier aujourd’hui plutôt qu’hier ? Le goût du défi très certainement ! Car je crois que je ne suis jamais autant inspirée pour écrire, que lorsque j’écris sous la contrainte. Cela peut paraître très paradoxal, et pourtant, j’en discutais récemment avec celle à qui je dédie ce billet, ma presque homonyme, ma « web-âme sœur », nous partageons le même point de vue. Parce que le point de départ d’un article, d’un récit, est parfois difficile à trouver, imposer un angle de vue, un sujet, une manière d’écrire, peut aider à débloquer les mots, les idées, le propos.

En bref, je profite de ce blog pour revendiquer le droit de vous parler de tout et de rien… Surtout de rien ! Et pour cela, j’invoque aussi votre aide, et vous assure que si vous m’imposez des sujets (genre « la mort d’une gomme », si si, y’en a qui ont osé !), me proposez des contraintes d’écriture (oui, je suis capable d’écrire un billet sans utiliser la lettre « e » !), me posez des questions auxquelles je n’ai pas la prétention de répondre, mais essaierai tout du moins (évitez juste les questions existentielles et celles trop persos)… je ferai mon possible pour vous satisfaire !

Alors, avouez que c’est sexy comme proposition… Limite indécente, non ?

ecrire

Merci Laura…

Il était une fois la marmotte…

Comment commencer ? Peut-être par le début, pour vous expliquer un peu qui je suis. Le problème avec tout ça, c’est que j’ai moi-même du mal à me définir.

« Et toi, d’où tu viens ? » Une simple question, anodine, presque mécanique. Et là, le blanc… D’où vient-elle, cette petite fille devenue adulte, petite lettre égarée par son papa postier ? Née dans une ville où elle n’a jamais habité, Villefranche-sur-Saône, elle a déménagé dans différents départements et régions, elle a traversé de nombreux pays, et invariablement, cette question qui revient dans la bouche de ses interlocuteurs concernant ses origines. Eux, ils ont tous quelque chose à dire, un terroir à défendre, une âme de leur village natal qui brûle en eux, une raison de vivre… Force est de constater que ce bout de femme se sent bien partout, qu’elle est à l’aise ici comme ailleurs : un esprit nomade qui lui a permis de s’adapter, à un âge où les voyages forment la jeunesse. Puis un jour, cette envie de venir de quelque part, de se poser ici, de se poser la question, d’y apporter enfin une réponse. Et là les images, les accents, les odeurs nous mettent sur la piste : Villié-Morgon, Fleurie, Lantigné, Régnié, les vignes à perte de vue, l’éclat des pierres dorées, les escapades et les bêtises d’enfants, la vogue et la vague des conscrits, le sourire de ses grands-parents, la joie des vendanges, la lente et mystérieuse élaboration des crus, le travail de son oncle vigneron, le goût du Paradis, l’ivresse du nectar, le fumet d’un saucisson brioché, la douceur d’une pogne aux pralines… Tous ces souvenirs égrainés qui s’assemblent tels une grappe de raisin, ce sont ses racines. L’évidence. Le Beaujolais, son Beaujolais, plus elle s’en est éloignée, et plus elle y a planté ses racines. Loin des yeux, près du cœur.

« Et toi, d’où tu viens ? » Du Beaujolais.

Madone de Fleurie